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Sans son douzième homme, l’OM se contente d’une édition « discrète » de la Ligue des champions

Les Marseillais doivent se passer de public lors de la réception, mardi, de Manchester City. Même avec les pertes de recettes de ces huis clos, la participation à la compétition permet d’atténuer les duretés de la crise.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… A fortiori, le sentiment de vide devient abyssal quand les absents se chiffrent à 67 000, soit l’affluence maximale du stade Vélodrome. Pour compresser l’incroyable hémorragie de dix défaites d’affilée en Ligue des champions, l’Olympique de Marseille (OM) devra se passer du soutien de son cher public.

Mardi 27 octobre, la réception de Manchester City se jouera à huis clos, une formule qui, à cause de la pandémie de Covid-19, devient un triste quotidien. C’est d’ailleurs dans un stade vide, celui de l’Olympiakos Le Pirée, que les Marseillais se sont inclinés (1-0), la semaine dernière, à l’occasion de leur retour dans la reine des compétitions européennes, après sept ans d’absence.

Inoffensifs face aux Grecs, les coéquipiers de Dimitri Payet sont confrontés à une montagne en guise de deuxième rencontre du groupe C. Et pour inverser le cycle européen de la défaite, face à la ribambelle de vedettes mancuniennes achetées à prix d’or par les propriétaires émiratis, il ne faudra compter que sur soi-même.

« Comparer le Vélodrome au douzième homme, ce n’est pas anodin. Grâce à ce stade, beaucoup de joueurs se surpassent, l’adversaire subit la pression. Le public marseillais vous pousse à jouer plus haut et à attaquer tout le temps. Sans public, inconsciemment, vous vous projetez moins », explique Eric Di Meco, champion d’Europe marseillais en 1993.

Commentateur attitré de Marseille en Ligue des champions sur RMC Sport, Eric Di Meco, toujours très proche du club, se souvient encore d’un des derniers matchs européens en Ligue Europa, contre Francfort au stade Vélodrome en 2018 – « qui avait été très difficile (défaite 2-1) », car disputé à huis clos, pour cause de sanction disciplinaire.

« Lors de mes échanges avec eux, les joueurs reconnaissent leur responsabilité dans les mauvais résultats, mais ils sont déçus de ne pas pouvoir disputer cette compétition devant leur public. C’était un rêve, ajoute l’ancien adjoint au sport de la cité phocéenne (entre 2001 et 2007). Le huis clos est plus inquiétant pour moi que ce que l’on voit de l’équipe actuellement. »

Le « lien charnel entre le club et la ville »

Quelques jours avant ces retrouvailles ratées avec la compétition européenne au Pirée, l’entraîneur André Villas-Boas rappelait les liens entre son club, la Coupe d’Europe et ses supporteurs. « La grosse désillusion est d’arriver à ce niveau et de se retrouver, avec l’OM et sa très grande histoire européenne, ses deux finales de Ligue des champions (…), à jouer sans public, soit la chose qui définit un peu l’OM : la ferveur de ses supporteurs », a regretté le Portugais.

A Marseille, plus encore que n’importe où ailleurs en France, la mythologie de l’ancienne Coupe d’Europe des clubs champions, celle qui permet d’arborer fièrement une étoile au-dessus de l’écusson, reste vivace. Même si elle est malmenée par l’amoncellement de défaites et… la situation sanitaire.

« Il y a une excitation, mais elle n’a rien à voir avec ce que l’on a vécu pendant les grandes heures de Coupe d’Europe. A partir du moment où non seulement le public ne peut pas venir au stade mais ne peut même pas se réunir dans des bars ou des lieux pour partager les retransmissions, ça devient quelque chose d’assez terne », assène le producteur de théâtre Richard Caillat, membre du conseil d’administration de l’association OM. Pour le Marseillais, « la rupture du lien charnel entre le club et la ville, entre le club et toutes les couches de la population, est pénalisante ».

Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, spécialiste notamment du marketing stratégique des organisations sportives, Lionel Maltese acquiesce : « Ce qui fait la force de l’OM, c’est son stade, le cœur de sa marque. C’est l’une des marques les plus humaines et vivantes en France. Jouer à huis clos, sans les ressources relationnelles, billetterie et hospitalités, c’est quelque part comme participer à une Ligue des champions “discrète”. »

La Ligue des champions n’a pas de prix

Le huis clos entraîne non seulement la perte de recettes d’une affiche qui se serait déroulée à guichets fermés, mais aussi le deuil d’une offre économique d’envergure, attachée à cette compétition rémunératrice. « OM-City, c’est censé être une offre top, à laquelle on peut accrocher des offres moins attractives, en Ligue 1 par exemple. Autour de ce produit phare, ce n’est pas juste le match du jour qui compte, analyse M. Maltese. C’est toute la marque qui prend de la valeur et peut générer plusieurs millions d’euros. »

De bonnes performances européennes, quand l’Europe du football a les yeux braqués sur vous, et c’est la valeur des joueurs les plus en vue qui grimpe également en flèche. Encore faut-il pour cela ne pas enchaîner les défaites. « La Ligue des champions est une vitrine. Elle n’a pas de prix. Si vous l’utilisez bien, elle permet à votre club de générer des avantages concurrentiels, que l’OM n’avait pas ces dernières années », ajoute le spécialiste de marketing sportif.

Au moment où l’économie du football français tremble sur ses fondations (télévisuelles) à la suite de la décision de Mediapro de ne pas verser les sommes prévues pour la diffusion de la Ligue 1, participer cette saison à la Ligue des champions, même à une édition « discrète », permet d’espérer limiter les dégâts.

« Tout le monde va souffrir et, dans la période que l’on traverse, c’est l’année où il fallait y être. Sans la Ligue des champions, ça aurait été très problématique pour l’économie du club », souffle Richard Caillat, également fondateur, en 2013, de l’OM Business Club, une entité qui fédère les partenaires olympiens.

A environ 2,7 millions d’euros la victoire en phase de groupes – la prime dispensée la saison passée par l’UEFA –, les joueurs olympiens seraient bien inspirés de rompre avec la défaite. Pour leurs supporteurs soumis à la loi du couvre-feu et pour les finances de leur club.

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