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« Petite fille » : histoire de l’éclosion lumineuse d’un enfant transgenre

Dans ce documentaire, diffusé sur Arte.tv à partir du 25 novembre, Sébastien Lifshitz suit le combat d’une famille face aux institutions pour la reconnaissance de son enfant.

Rien ne compte davantage dans l’œuvre de Sébastien Lifshitz que la liberté de se réinventer. Contre les autres, contre la nature, contre la morale, contre les assignations identitaires. Voici un peu plus de vingt ans que son cinéma, requérant tant la fiction que le documentaire, nous emmène dans les zones censément troubles des sexualités différentes, qu’il sait rendre lumineuses comme personne. Alors qu’il présentait au mois de septembre 2019 le très beau Adolescentes – chronique sur une durée de cinq ans de la vie de deux jeunes filles saisies dans l’éclosion violente qui se produit entre 13 et 18 ans –, le voici de retour avec un nouveau et non moins impressionnant documentaire, immersif et familial.

Petite fille suit Sasha qui, née garçon, se sent fille depuis toujours. Le film nous introduit, avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, dans la cellule familiale de Sasha, qui l’entoure avec une vive intelligence et une solidarité sans faille dans l’âpre combat que cette petite fille doit mener pour faire accepter sa différence. Connue sous le terme relativement nouveau de « dysphorie de genre » dans la nosologie psychiatrique, cette aspiration transgenre, qui peut apparaître dès le plus jeune âge comme nous le montre ce film, concerne des personnes qui, du point de vue de leur identité, ne se sentent pas en adéquation avec leur sexe biologique, adoptent les habitus du sexe opposé et aspirent à se voir reconnaître comme tels. On imagine, s’agissant d’un enfant, à quel point cette attitude peut se heurter aux institutions garantes de l’éducation de l’enfant, à commencer évidemment par l’école.

Et c’est précisément en plein milieu de la tourmente qui oppose, quelque part dans le nord de la France, la famille à l’école de Sasha, qui a alors 7 ans, que le film commence. Pour autant, nous ne verrons jamais le corps enseignant ni le directeur de l’établissement. On ne sait trop si cette absence résulte d’un refus ou si le cinéaste en a décidé ainsi. Le film n’en dit mot, ce qui semble presque incongru eu égard à la centralité de ce conflit dans le film, et ce silence semble plaider pour la première hypothèse.

En revanche, Sébastien Lifshitz a très visiblement noué un lien électif avec la famille, tel qu’il lui permet d’en saisir les moindres vibrations sismographiques. La constante souffrance de la mère, Karine, les yeux si souvent baignés de larmes, son courage et son combat homérique pour faire reconnaître la légitimité du désir de Sasha, sa colère de se battre contre des moulins à vent, son anxiété de ne pouvoir protéger son enfant des agressions qu’elle subit, son angoisse d’être responsable de cet état de fait pour avoir si longtemps voulu une petite fille à la place du petit garçon qui est né, son stoïcisme à l’égard de cette responsabilité qu’on lui impute, en premier lieu à l’école, qui la menace d’un signalement.

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