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#MusicToo : l’industrie musicale dénonce à son tour le harcèlement sexuel


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Après le monde du cinéma, des médias, de la littérature, du sport, c’est l’industrie musicale qui est à son tour concernée par un phénomène de libération de la parole des femmes, victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles.

Dans la musique aussi, les femmes sont harcelées. Rien de nouveau sous les paillettes, diraient les professionnelles. « Les violences sexistes et sexuelles dans le milieu de la musique ont toujours été là, seulement, personne ne voulait les voir ni véritablement en prendre la mesure », écrit sur son blog Emily Gonneau, autrice et créatrice du label Unicum Music. Rien de nouveau donc, si ce n’est la volonté de briser le silence.

En novembre 2019, Emily Gonneau diffuse pour la première fois le hashtag #MusicToo dans un blog où elle fait, à la troisième personne, le récit d’une expérience personnelle de harcèlement, survenue douze ans auparavant. « Les faits : le n+2 de l’agressée est passé à l’acte sur le lieu de travail, en public et en totale impunité. L’agressée a été voir le CE (comité d’entreprise) qui a organisé un rendez-vous avec la RH puis la Direction. La suite : rien. Aucune sanction pour l’agresseur », écrit-elle. 

Avec « une colère intacte », Emily Gonneau dénonce l’impunité dont a joui son agresseur qui « occupe aujourd’hui un poste haut placé dans l’industrie musicale. (…) Et l’agressée dans tout ça ? Elle a géré ce traumatisme avec les moyens du bord », poursuit-elle. « Depuis, elle est partie à son compte. (…) Cet acte la dégoûte encore à ce jour. Vous l’aurez compris, cette histoire est la mienne et pourtant, elle est tristement banale », poursuit-elle.

 

Appels à témoignages 

Si banal que depuis son témoignage, le hashtag  #MusicToo a fait son chemin sur les réseaux. Sans attendre les affaires de Moha La Squale ou Roméo Elvis (rappeurs français accusés d’agressions sexuelles), #MusicToo a été repris sur plusieurs sites et comptes, qui récoltent des témoignages sur le harcèlement sexuel dans l’industrie musicale.

Parmi eux, DIVA, Balance Ta Major, Change de disque ou le collectif anonyme #MusicTooFrance. En juillet dernier, ce dernier a lancé un appel qui s’est terminé le 1er octobre. « Nous avons recueilli 302 témoignages que nous devons maintenant analyser, qualifier, pour en extraire des données », a indiqué le collectif dans un communiqué publié le 1er octobre.  

Le collectif n’a pas publié les récits récoltés, mettant un point d’honneur à protéger l’anonymat des victimes. Il ne veut pas risquer qu’une identité soit devinée « par recoupement », « ce qui peut les placer dans des situations délicates (pour rappel, 80 % des victimes qui osent parler sont amenées à quitter leurs fonctions) », précise le communiqué. Il redoute aussi la banalisation de la violence. « L’accumulation des récits normalise la violence : on baisse notre seuil de tolérance en considérant que ‘ça fait partie du décor' ». 

Enfin, il n’encourage pas au « call-out » – méthode démocratisée par les mouvements #MeeToo et #BalanceTonPorc qui consiste à désigner les présumés agresseurs par leur nom. Pas tant pour éviter la chasse aux sorcières que pour protéger leur enquête. Car son initiative sur les réseaux n’est qu’une première étape avant des enquêtes approfondies et si possible l’ouverture d’enquêtes judiciaires. 

Des violences systémiques 

L’objectif du collectif n’est pas seulement de « rompre le silence », mais de « changer l’industrie musicale ». Tout comme le souhaite Emily Gonneau. Depuis son témoignage, elle a monté l’association « Change de disque » pour s’attaquer aux causes du problème. Une gageure dans cette industrie où les violences faites aux femmes sont systémiques. 

Dans une enquête sur la santé et le bien-être dans l’industrie musicale en France, dévoilée en octobre 2019 par Cura collectif et la Guilde des artistes de la musique (GAM),  31 % des 256 répondantes travaillant dans le secteur musical disent avoir été victimes, au moins une fois, de harcèlement sexuel (soit presque une femme sur trois), dont 39 % sont des artistes féminines et 24 % des professionnelles du secteur. 

Et ces violences se nourrissent de problèmes structurels en termes d’égalité femmes-hommes, analyse l’association Change de disque. Si 60 % des étudiants en musique sont des femmes, seules 1 % des artistes féminines sont récompensées, selon le rapport du Haut Conseil à l’égalité de 2018. En juin dernier, les Assises des femmes de la musique et du spectacle avaient également pointé les disparités femmes/hommes. Selon leur rapport, les femmes sont sous-représentées dans les effectifs des entreprises du secteur, en particulier chez les intermittent.e.s (34% d’artistes femmes, 25% de techniciennes). Quant aux salaires, ils sont, pour une technicienne, en moyenne inférieur à 6 % à celui d’un technicien ; inférieur à 9 % pour les artistes femmes.  

« En tant que femme dans la musique, on nous demande d’être meilleure que les autres et, si on l’est, on ne nous le dit jamais. Il y a beaucoup de pression sur le physique, sur l’habillement. En gros, il faut être belle, mince, chic, hyper forte, mais aussi toujours derrière au moins un homme parfois moins diplômé », atteste un témoignage cité dans le rapport CURAxGAM. 

 

« La parole redonne le pouvoir »

Après les constats, viennent les combats. « Les femmes de la musique s’activent en coulisses depuis longtemps mais nous atteignons enfin un point de bascule : elles ne sont plus isolées, elles se parlent et s’entraident », assure Emily Gonneau dans son manifeste. 

Le mouvement est notamment soutenu par des artistes reconnues comme Pomme, Camélia Jordana, Jeanne Added ou Christine & The Queens. Dans un long message publié sur Instagram, cette dernière écrit : « Je ne suis pas surprise ». « Chacune, nous avons connu une forme plus ou moins ténue de harcèlement, des remarques sexistes », écrit Chris. « Être une femme dans un bureau de maison de disque, c’est être une femme comme les autres. Un corps sur un photoshoot ; le photographe tient l’objectif au niveau de son entrejambe. Un corps dans un studio, quand une main monte dans le dos, c’est le moment de pause câlin. Un corps face à un journaliste qui se saisit de la main pour lui lécher le bout des doigts, alors comme ça tu es bisexuelle, tu aimes dans le cul du coup ?« ,

Aujourd’hui, les femmes parlent. Une première étape, qui fait sens, comme l’écrit encore Chris : « Le système est encore en place. Jusqu’à présent, il était protégé par un silence ouaté, et ce silence venait du pouvoir. De sa répartition. (…) La parole redonne le pouvoir, ne serait-ce que le pouvoir de la voix. La voix en tant que vie. Sans même chanter, ceci fait sens ». 

 

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