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LES INDIENNES SE LÈVENT POUR FORMER UN MUR

Elles étaient plus de 3 millions le 1 er janvier à former une chaîne de six cent vingt kilomètres le long des routes du Kerala. Unies dans une lutte spectaculaire pour l’égalité des sexes. En ligne de mire ? Le temple de Sabarimala, haut lieu de pèlerinage hindouiste perché sur une colline de cette province du sud de l’Inde, drainant chaque année plus de 100 millions de fidèles. L’un des derniers temples à interdire son accès aux femmes âgées de 10 à 50 ans. Comprendre : entre la puberté et la ménopause. Le 28 septembre pourtant, la Cour suprême indienne avait annulé le « menstruation ban », interdisant aux femmes d’entrer dans les temples pendant la période des règles. Encouragées par la nouvelle loi, quelques téméraires se sont alors risquées à pénétrer dans le lieu saint, en vain. Sous les jets de pierres, elles en ont été chassées par les fondamentalistes hindous, malgré la présence de la police. Bilan : plus de 2 000 arrestations, et toujours pas l’ombre d’un sari dans le temple. Jusqu’à ce « mur de femmes » inaugurant l’année 2019, que le gouvernement du Kerala – dominé par le Parti communiste – a soutenu. Un mouvement déjà comparé à la lutte pour les droits civiques initiée en Europe par Rosa Luxemburg au début du XXsiècle. Le 2 janvier, à l’aube, Bindhu Ammini et Kanaka Durga, deux militantes, sont parvenues à se glisser, sous protection policière, dans l’enceinte sacrée pour prier le dieu Ayyappan, un ascète vénéré pour sa chasteté, qui, dit-on, n’aurait jamais rencontré une femme. Mais à quel prix ? Si Bindhu Ammini et Kanaka Durga ont le droit pour elles, elles font désormais l’objet de menaces. La réponse des fondamentalistes ne s’est pas fait attendre avec une séance de purification organisée manu militari dans le temple suivie d’une flambée de violence dans la rue.

Un affrontement qui en dit long sur la société indienne. Alors que, sur le papier, Delhi s’affiche en vitrine du progrès avec la dépénalisation récente de l’adultère et de l’homosexualité par la Cour suprême, les traditions peinent à rendre les armes. En juin, une enquête de la Fondation Thomson Reuters classait l’Inde comme le pays le plus dangereux au monde pour les femmes. En septembre, une étude publiée par la revue scientifique britannique « The Lancet » montrait que 37 % des femmes qui se suicident dans le monde vivent en Inde. Des chiffres réfutés bruyamment par Narendra Modi, le Premier ministre issu du BJP (Parti du peuple indien), nationaliste et conservateur. Le chef du gouvernement, qui avait fustigé, dans l’affaire du temple de Sabarimala, une décision « contraire aux valeurs hindoues », encourage aujourd’hui les recours devant la Cour suprême, contrainte de plancher à nouveau sur le dossier à partir du 22 janvier. Une façon de flatter sa base électorale ultra conservatrice et pro-hindoue dans la perspective d’une campagne sous haute tension avant les législatives qui auront lieu en avril et en mai. La moitié de ce pays de 1,5 milliard d’habitants pourrait une fois encore en faire les frais.

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