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“Le jour de mes 21 ans, j’ai appris que j’étais séropositif L’histoire de Rémy, 24 ans

C’était terrible d’annoncer à ta mère, à 18 ans, que tu préférais les garçons.

À la maison, tu as ressenti la gêne, le mépris, subi les insultes. Ta mère répétait que tu ne servais à rien, qu’elle t’aurait préféré mort.

Tu résistes, tu ne veux pas fuir cette maison où tu as grandi. La violence, tu la minimises. Certains sont jetés à la rue quand ils annoncent qu’ils veulent aimer, alors tu ne te plains pas. Peu à peu tu t’effaces, tu aimerais tant devenir quelqu’un d’autre.

Le jour de tes 21 ans, ce médecin t’appelle et te dit de but en blanc : « Le test s’est révélé positif. »

Ça ne va pas être simple pendant un moment de répondre aux appels. Ça ne va pas être simple non plus de fêter tes anniversaires.

Tout de suite, tu décides de prendre un pari : en un an, tu réussiras à aller mieux. Mais là, l’heure est à la tristesse. Tu restes enfermé plusieurs semaines.

Te rendre sur la tombe de ton père, mort quand tu avais 12 ans, te fait du bien, tu lui demandes du courage pour continuer.

La culpabilité est là, la honte aussi.

Une des réponses que tu avais trouvée était de ne pas en vouloir à celui qui t’avait fait ça. Tu étais aussi fautif que lui. C’était un soir de troubles, tu étais parti de chez toi, trop de tension ; tu n’as pas osé dire non, tu as laissé faire, à quoi bon. Il aura suffi d’une fois sans protection. Tu en as voulu à ce garçon, quand il a fui lorsque tu lui as annoncé qu’il ferait bien de voir un médecin aussi. Il a changé de numéro et déménagé, mais tu lui avais dit et pas pris d’autres risques, la chaîne des contaminations passée par toi s’était arrêtée. C’était ton seul réconfort. Quelques semaines après, tu faisais un test en laboratoire. C’était trop tard. Et tu t’en voudras de ne pas être allé prendre le traitement post-exposition aux urgences d’un hôpital. Tu y avais pensé en sortant de chez ce garçon. Tu te souviens de ton hésitation au carrefour. Si tu avais tourné à droite, vers l’hôpital, tu aurais été sauvé. Tu as tourné à gauche.

Le premier anniversaire arrive.

Tu as perdu ton pari. Tu n’es pas plus fort, tu es triste, tu t’en veux. Tu finis par voir une psychologue.

Tu pleures en racontant tout ça, ta famille, les non-dits, la mort du père dont on ne parle plus.

Un matin d’été, la mère dira : « Il faudrait que tu sois parti en septembre. » Tu pars loin. Il te faut oublier ce que dit ta mère. Elle ne t’attaquait plus seulement sur l’homosexualité, mélangeait cela avec le sida. Elle disait : « Tu l’as bien cherché », « C’est bien fait pour toi », « Tu crèveras plus vite ».

Tu es trop en colère pour continuer à te taire. Tu rejoindras d’autres gens en colère dans une association. Il t’apparaissait évident qu’il fallait réfléchir sur cette épidémie, dénoncer les manquements que tu avais toi-même subis. Aller dans les manifestations te fera un bien fou. Crier le mot « sida » soigne la tristesse : « Contre le sida, tu n’as pas le choix, bats-toi ! »

Peu à peu tu comprends pourquoi tu as été contaminé.

Parce que tu étais tout le temps dévalorisé, que ta santé n’était plus une priorité, que tu n’avais pas osé dire « non » à ce garçon.

Tu quittes le foyer familial.

Ta mère tombera en pleine rue et se cassera les os en mille morceaux. La mère est tombée, s’est cassée, et tu as pensé que c’était comme une punition pour elle dont le fils était tombé, s’était cassé, et qu’elle n’avait pas aidé à se réparer. Toi, tu as chuté, mais tu t’es relevé seul. Il n’y avait pas de main tendue pour t’aider, que des baffes et des insultes.

Tu comprendras qu’on ne peut pas en vouloir à quelqu’un toute sa vie, surtout à sa mère. Tu te rappelleras que pendant la thérapie, un jour, très vite, elle a dit qu’elle était fière de toi. Tu te souviens aussi, étrangement, que quand tu as appris que tu étais séropositif, tu étais sûr qu’elle resterait là, maladroite, nocive, mais là, quoi qu’il arrive. Alors il te faudra lui pardonner le mal qu’elle t’a fait. Tu remporteras ton pari en deux ans. Tu es devenu plus fort. Tu ne te laisseras plus faire. Tu as trouvé ta place. Ça n’aura pas été simple. Mais tu es resté debout.

Les personnes séropositives sont beaucoup à être enfermées dans leur tristesse. Pourtant, nos histoires se ressemblent tellement. Nous devons prendre la parole.

T’affirmer, tu le redoutais, mais tu en avais envie car enfin, toi que ta mère avait effacé dans ce que tu étais, tu pouvais enfin dire ce mot tout simple. Je. Ou plutôt nous.

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