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L’Algérie veut « peser de tout son poids » au Mali

Le pays, soucieux des risques d’instabilité à ses frontières, entend jouer un rôle actif chez son voisin, où il garde une influence sur les groupes politico-militaires du nord.

L’Algérie veut s’imposer comme un acteur clé dans la crise au Mali, son voisin du sud, qu’elle considère comme sa profondeur géostratégique. Mais a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Des analystes en doutent. Le pays, soucieux des risques d’instabilité à ses frontières, entend jouer un rôle actif sur la scène régionale, en Libye et au Sahel – avec plus ou moins de succès. Pour preuve : les deux visites depuis le putsch au Mali, le 18 août, du chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum, premier membre d’un gouvernement étranger à se rendre à Bamako.

Lors d’une visite à Alger, jeudi 15 octobre, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé que l’Algérie est « une puissance d’équilibre qui privilégie le règlement politique des conflits dans un cadre multilatéral »« L’Algérie a une voix qui compte en Afrique comme en Méditerranée », a-t-il dit. « La solution au Mali sera à 90 % algérienne », martèle de son côté le président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

Pour cela, Alger veut ressusciter l’accord de paix de 2015 entre Bamako, les groupes armés progouvernementaux et l’ex-rébellion indépendantiste à dominante touareg du nord, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Un accord négocié sous sa tutelle, en tant que chef de file de la médiation internationale, mais dont l’application déjà poussive a été paralysée par la crise politique. Plus de trois mois se sont écoulés entre la 40e session du comité de suivi de l’accord, en juin, et une réunion de reprise de contact, le 1er octobre.

« Sphère stratégique »

« Ils n’y croient sans doute pas eux-mêmes, mais c’est une façon pour eux de s’imposer dans la médiation et de dire : “Vous ne ferez rien sans nous” », analyse Marc-Antoine Pérouse de Monctclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). « Leur ligne directrice, c’est éviter que les revendications indépendantistes des Touareg et les troubles au Mali et au Niger ne rejaillissent sur l’Algérie », résume-t-il. C’est que le Mali est dans « la sphère stratégique » de l’Algérie, avec laquelle il partage près de 1 400 km de frontière.

« Les conflits répétés, la fragilité sécuritaire et la faiblesse de l’Etat au Mali affectent directement l’Algérie », confirme Ahmed Kerrouche, expert algérien des questions militaires. Il rappelle la sanglante prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas (sud-est), en janvier 2013, par 32 djihadistes venus du Mali. L’opération avait été revendiquée par le groupe de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar comme des représailles à l’intervention militaire lancée par la France contre les djihadistes dans le nord du Mali.

« L’Algérie est idéalement placée pour peser de tout son poids au Mali », souligne Louisa Aït Hammadouche, professeure de sciences politiques à l’université d’Alger : « Elle en a les capacités, mais surtout, elle en a besoin. » Toutefois, elle est bridée par des faiblesses structurelles : « Une économie non productive, une situation politique instable et une armée puissante mais non formée à la projection de ses forces », énumère la spécialiste. Cette dernière carence pourrait disparaître puisque l’Algérie s’apprête à autoriser, via un amendement constitutionnel soumis à référendum le 1er novembre, le déploiement de son armée – la deuxième plus puissante d’Afrique – à l’étranger, au sein de missions de maintien de la paix.

Arrière-pensées

Si l’Algérie n’est pas officiellement présente sur le terrain, elle garde une influence sur les groupes du nord du Mali, dont beaucoup de membres ont la nationalité algérienne, principalement dans la région de Kidal. Elle détient aussi un atout avec l’accord de 2015, auquel tous les protagonistes de la crise se réfèrent, quelles que soient leurs arrière-pensées sur un processus qui n’a pas empêché une propagation des violences.

« La mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation doit être redynamisée sans tarder », a déclaré le président malien de transition, Bah Ndaw, le 9 octobre lors du premier conseil des ministres. Les formations politico-militaires auxquelles l’accord fait miroiter des pouvoirs importants et des ressources pour les cinq régions administratives du nord peuvent y trouver leur intérêt. Pour participer à la transition, la CMA a expliqué avoir exigé de la junte des assurances quant à son « attachement à l’accord ». Puis elle a exhorté le gouvernement de transition à « travailler d’arrache-pied » pour sa mise en œuvre.

Si les intentions d’Alger restent difficiles à décrypter, « on devine facilement ce qu’elle ne veut pas », observe Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) : une autonomie des Touareg maliens qui pourrait inspirer les Touareg algériens. Selon lui, l’Algérie « ne veut pas de forces françaises trop près de ses frontières, pas de résolution du conflit sans s’assurer un rôle central »« Mais derrière tous ces “non”, existe-t-il un projet positif d’une architecture de sécurité ? On peine à le voir », pointe-t-il.

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