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La chaîne M6 interdite en Algérie après la diffusion d’un reportage

L’Algérie a décidé de ne plus autoriser la chaîne de télévision privée française M6 à opérer dans le pays au lendemain de la diffusion d’un documentaire sur le mouvement de protestation populaire « Hirak ». Ce reportage de l’émission « Enquête exclusive » fait également beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

 

C’est un reportage qui provoque la colère des autorités algériennes. Dans un communiqué publié lundi 21 septembre, le ministère de la Communication accuse le documentaire diffusé sur M6 intitulé « L’Algérie, le pays de toutes les révoltes » de « porter un regard biaisé sur le Hirak ».

Présenté dans le cadre de l’émission « Enquête Exclusive », ce reportage de 75 minutes filmé par moments avec des « caméras discrètes » donne la parole à trois jeunes Algériens sur l’avenir de leur pays, décrit comme « l’un des plus fermés du bassin méditerranéen » et dirigé par « un régime autoritaire et corrompu ».

Le ministère de la Communication algérien fustige des « témoignages insipides », des « clichés les plus réducteurs » et « une somme d’anecdotes sans profondeur ». 

Chômage de masse, corruption, droits des femmes… le reportage de la chaîne privée française aborde plusieurs thématiques liées au mouvement de protestation inédit qui secoue le pays depuis février 2019. Il s’achève sur la question de la liberté de la presse en rappelant la condamnation à 2 ans de prison du correspondant de TV5 Monde, Khaled Drareni.

 

Les autorités algériennes reprochent également aux journalistes d’avoir tourné avec une équipe munie d’une « fausse autorisation de tournage » et promet d’engager des poursuites contre les auteurs du reportage pour « faux en écriture authentique ou publique ». 

Joint par téléphone, Patrick Spica, le producteur de ce documentaire assure que ses équipes étaient parfaitement en règle et apporte un soutien total à ses journalistes qui ont passé deux ans à la préparation et au tournage de ce sujet. Il se dit « étonné » de la réaction des autorités algériennes car selon lui « il n’y a pas de révélations fracassantes dans ce reportage. Il s’agit d’une photographie, d’un portrait actuel de l’Algérie, sans prétendre à être exhaustif, mais c’est vrai que c’est toujours très passionnel », analyse le producteur. 

Dans un communiqué, la chaîne M6 conteste également les accusations du ministère de la Communication et « demande aux autorités algériennes de revenir sur leur position de boycott afin de poursuivre de façon objective et sans aucune polémique sa mission d’information ».

Ce regain de tension entre les autorités algériennes et les médias français fait écho à un autre épisode survenu mai dernier. La diffusion sur la chaîne publique France 5 d’un autre documentaire sur la jeunesse algérienne et le « Hirak », « Algérie mon amour », du journaliste et réalisateur français d’origine algérienne Mustapha Kessous avait déclenché une crise diplomatique entre Alger et Paris.

Réactions vives sur les réseaux sociaux

Parmi les protagonistes du reportage de M6, Noor, une youtubeuse connue en Algérie, dit regretter avoir participé au documentaire et a déploré « le manque de professionnalisme » de la chaîne française. Sur son compte Instagram qui compte 1,8 millions d’abonnés, la jeune femme assure avoir été utilisée, ainsi que son mari « pour donner une mauvaise image des femmes et des hommes algériens et de notre pays l’Algérie ».

Le reportage qualifie la youtubeuse de « mineure à vie » qui doit demander l’autorisation à son mari pour voyager ou travailler. « Je ne suis pas une mineure », s’insurge la youtubeuse. « Je ne comprends vraiment pas d’où vous est venu l’idée que je dois demander l’autorisation à mon mari pour mon travail ? En dehors du mariage, mon mari est mon associé et collaborateur. Donc on travaille ensemble et dans le respect ».

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes algériens à critiquer un reportage jugé trop caricatural notamment sur la question du droit des femmes.

 

« Les femmes n’ont pas besoin d’autorisation et peuvent travailler et voyager en Algérie. Personne ne l’interdit ni dans la loi, ni dans la pratique », estime la sociologue et politologue Feriel Lalami, spécialiste de la condition féminine au Maghreb. Elle juge « décevante » ce qu’elle estime être « une erreur factuelle ». En revanche, l’expression « mineure à vie », est utilisée par les féministes pour dénoncer les inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes dans le Code de la famille algérien de 1984, révisé en 2005.

 

 

 

 

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