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Guerre en Éthiopie : la crise humanitaire gagne un Soudan déjà fragilisé

Plus de 36 000 Éthiopiens ont déjà traversé la frontière vers le Soudan, fuyant les combats qui touchent la région du Tigré. Un défi de taille pour Khartoum, qui voit aujourd’hui croître la menace d’une nouvelle crise humanitaire sur son sol.  

Deux semaines après le début de l’opération militaire lancée par le gouvernement éthiopien contre la région rebelle du Tigré du nord du pays, les Nations unies estiment que plus de 36 000 Tigréens ont traversé la frontière vers le Soudan voisin. Parmi eux, se trouveraient 12 000 enfants, selon l’Unicef, qui ont parfois fuit les combats « sans parents ni famille ».

Alors que les organisations humanitaires locales sont à pied d’œuvre pour mettre en place un accueil d’urgence, la situation sur le terrain, dans la région du Tigré, demeure confuse à cause de la coupure des communications et des difficultés de déplacements dans la zone. 

De leur côté, les deux camps affichent leur détermination laissant craindre un enlisement du conflit qui pourrait conduire à un exode massif et une nouvelle crise humanitaire sur le sol soudanais. Avec la dégradation de la situation au Tigré, le Soudan qui a maintenu sa frontière ouverte va devoir gérer tant bien que mal cette nouvelle crise migratoire. Car un million de réfugiés sont déjà présents sur le sol soudanais dans des conditions souvent précaires. 

« Le Soudan est l’un des pays qui accueille le plus de réfugiés, déplore Céline Schmitt, porte-parole du HCR, l’agence onusienne dédiée aux réfugiées, contactée par France 24. Or, lorsque les crises migratoires durent dans le temps, la médiatisation diminue et il devient de plus en plus difficile de mobiliser des fonds, affirme-t-elle. Aujourd’hui, bien qu’il accueille un grand nombre de Sud-Soudanais, Érythréens, Syriens ou bien encore Centrafricains, le Soudan fait partie de nos programmes les plus sous-financés. »

Seule porte de sortie pour les Tigréens  

Pris dans les affrontements entre l’armée gouvernementale et les forces tigréennes, les civils souhaitant fuir les combats ont très peu d’options, comme l’explique Gérard Prunier, ancien chercheur au CNRS et spécialiste de la région, contacté par France 24.  « Au sud, le Tigré est bordé par la région Amhara, alliée au gouvernement, avec qui le Tigré a d’importantes rivalités ethniques et territoriales. À l’Est s’étend une région très peu peuplée et sans ressources alimentaires. Enfin, au Nord c’est l’Érythrée, le pire ennemi des Tigréens. Il ne reste qu’un morceau de frontière avec le Soudan, à l’Ouest, pour fuir la zone. »

Un premier camp de transit a été établi dans l’urgence dans la ville frontalière soudanaise de Hamdayet, mais les conditions sont extrêmement précaires, selon le coordinateur de l’ONU Babacar Cissé. « C’est un très grand défi sur le plan matériel, des équipements, surtout des assainissements. Ce sont des zones qui sont excentrées, isolées. »

Le représentant de l’ONU a par ailleurs indiqué que les autorités soudanaises étaient peu favorables à transformer ce camp de transit en camp de réfugiés, le jugeant trop proche de l’Éthiopie. « Il y a un enjeu sécuritaire certain pour le gouvernement soudanais car des milices Amhara, présentes côté éthiopien, pourraient être tentées de traverser la frontière pour en découdre, exportant le conflit sur le sol soudanais », analyse Gérard Prunier.

 

Par ailleurs, l’exode de la région du Tigré représente une pression pour la population soudanaise locale dans cette zone aride, quasi-désertique et déjà très pauvre. « Les communautés ont énormément contribué à nourrir les réfugiés avant l’arrivée des organisations internationales comme le Programme alimentaire mondial et Muslim Aid », a expliqué un travailleur humanitaire à l’équipe de France 24 sur place. Les ONG locales s’inquiètent que le manque d’infrastructures, et notamment de sanitaires, provoquent des maladies parmi les réfugiés mais aussi les populations.  

Une course contre la montre   

Un risque d’autant plus présent qu’il est à l’heure actuelle très difficile de canaliser l’afflux de réfugiés qui traversent la frontière. « Nous sommes engagés dans une course contre la montre », explique Céline Schmitt. « Au Soudan, notre bureau le plus proche du camp se situe à six heures de route. La route est mauvaise et pour transférer les réfugiés vers des centres d’accueil, il faut parfois voyager deux jours. » Malgré les efforts des acteurs humanitaires, la situation s’aggrave de jour en jour. Le centre de transit d’Hamdayet accueille aujourd’hui 17 000 personnes pour une capacité de 300 places, selon le HCR.  

Si l’urgence absolue reste l’acheminement d’aide d’urgence et le transfert des réfugiés, l’ampleur de la crise laisse craindre une vague migratoire qui pourrait durablement nuire au Soudan tout entier. Le HCR qui avait d’abord mis en place un plan d’urgence pour 20 000 personnes a dû vite revoir ses estimations à la hausse : « Nous avons en moyenne 4000 personnes qui arrivent chaque jour par les deux principaux points de passages. Ce sont des professeurs, des agriculteurs, des étudiants, des employés de bureau… L’exode touche toutes les catégories de la population, ce qui laisse craindre un afflux massif, d’autant plus que, pour l’instant, il ne s’agit que des habitants des zones frontalières et que les autres régions vont probablement suivre », prévient Céline Schmitt.  

La région du Tigré représente environ 6 % de la population éthiopienne, soit plus de quatre millions d’habitants. Si les Nations unies ont répertorié à l’heure actuelle quelques dizaines de milliers de réfugiés, l’organisation table désormais sur une crise exponentielle. Un plan de réponse pour 200 000 réfugiés éthiopiens au Soudan sur une durée de six mois a été dévoilé lors d’un point de presse à Genève, vendredi 20 novembre.   

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