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Etre fonctionnaire, un métier qui n’attire plus la jeunesse

Le nombre de candidats aux concours de la fonction publique de l’Etat a chuté de 650 000 en 1997 à 228 000 en 2018. Une crise des vocations chez les jeunes qui s’explique en partie par le niveau de salaire.

Le désaveu paraît sans appel. Les concours de la fonction publique de l’Etat n’attirent plus les jeunes. En vingt ans, le nombre de candidats a fortement chuté : de 650 000 en 1997, ils n’étaient plus que 228 000 en 2018. Le record de 1988 (200 000 candidats) n’est ainsi plus très loin. Or, dans le même temps, le nombre de postes offerts, malgré des fluctuations, est globalement resté stable, s’établissant en moyenne à quelque 40 000 postes par an. Quant au nombre de jeunes diplômés, donc de candidats potentiels, il a, lui, augmenté… Bref, le constat est cinglant. « Ça, pour moi, c’est une alerte très grave », confiait la ministre de la transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, fin octobre.

La situation est d’autant plus préoccupante, en effet, que, mécaniquement, la sélectivité baisse. En 1997, chez les fonctionnaires d’Etat, dix-sept candidats se présentaient au concours pour un poste. Aujourd’hui, ils ne sont plus que six. « Un mouvement de fond » qui touche les trois fonctions publiques (Etat, hôpital, collectivités locales), selon Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS et chercheur au Cevipof.

Comment expliquer ce désintérêt persistant ? Par le niveau de salaire, d’abord. Les fonctionnaires ne sont pas assez payés, souligne Estelle Piernas, secrétaire nationale de la FSE-CGT. En progression constante jusqu’en 2010, leur rémunération de base stagne depuis lors. Tant et si bien, précise la responsable syndicale, que, « aujourd’hui, il est parfois difficile de vivre de son traitement. Certains ont des fins de mois difficiles. On est bien loin de l’image du fonctionnaire qui travaille peu et profite bien ».

« Livrés à vous-même »

Cette situation, qui concerne singulièrement les agents les moins qualifiés, affecterait aussi les hauts fonctionnaires. L’un d’eux, par exemple, évoque « une perte de pouvoir d’achat incroyable » au fil des années. Pour illustrer son propos, il évoque la situation des conseillers maîtres, les plus hauts magistrats de la Cour des comptes. « Il y a un siècle, affirme-t-il, un conseiller maître avait une cuisinière, un valet de chambre et un chauffeur… Aujourd’hui, on en est loin. Il est clair qu’un jeune qui a fait une grande école et qui choisit de devenir haut fonctionnaire voit s’envoler la perspective de devenir riche. » Ce que l’entourage de Mme de Montchalin ne nie d’ailleurs pas. Travailler pour l’Etat ne permet pas de faire fortune : « C’est sûr, quand on est préfet, on ne roule pas en Ferrari… », rappelle un de ses proches.

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