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Crise politique au Mali: peut de gens pour le soutenir, IBK est solitaire devant le début des manifestations

Depuis le 5 juin 2020, les maliens sont dans la rue. Face à la colère, le Président Ibrahim Boubacar Keïta tente de renouer le dialogue. A la tête de l’insurrection, son rival l’Imam Dicko, continue de gagner du terrain. Pour le sociologue Mohamed Amara, le Mali est à un tournant décisif de son histoire. L’auteur de “Marchands d’Angoisse – le Mali tel qu’il est, tel qu’il pourrait être” (Ed Grandvaux, 2019), analyse les enjeux du soulèvement populaire en cours.

 

On a l’impression que le pays entier est en colère contre IBK. Comment en est-on arrivé là ? 

Le sociologue Mohamed Amara (Centre Max Weber Lyon 2, Université de Bamako)
Le sociologue Mohamed Amara (Centre Max Weber Lyon 2, Université de Bamako)
© Mohamed Amara

La situation du Mali et du Sahel découle d’un immobilisme politique présent bien avant IBK. Un manque de volonté, une incapacité à agir concrètement pour transformer le pays. Par exemple, sur le plan éducatif nous ne formons pas de cadres capables de résister aux sirènes de la corruption et c’est une des causes de nos problèmes. Il y a aussi un manque de redistribution des richesses et d’accès aux soins.

Sur le plan sécuritaire, la situation du Mali est comparable à celle de la Libye qui depuis l’intervention de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) en 2011, fait face à une confusion générale qui a facilité l’arrivée de groupes terroristes. A la crise sociale et sécuritaire, s’ajoute désormais une crise politique.

Mais alors, où est-ce qu’IBK a pêché selon vous ? 

Il n’a pas su rassembler les Maliens au delà des différentes communautés. Or la société est non seulement fracturée, mais complètement effondrée. En témoignent les affrontements sanglants entre Dogons (sédentaires) et Peuls (nomades). Une guerre inutile et fratricide rendue possible par une territorialisation communautaire du pouvoir. Ces gens défendent leurs intérêts, le rôle du politique est de faire en sorte que leur intérêt commun soit le Mali.

C’est d’ailleurs en s’engouffrant dans cette faille que l’Imam Dicko (chef de file du mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques de contestation : M5-RFP), a mobilisé les forces vives pour exhorter le Président à démissionner. 

 

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