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Coronavirus : comment le Brésil abandonne ses peuples indigènes

Les tribus indigènes du Brésil devraient être plus en sécurité que le reste de la population de ce pays très durement touché par la pandémie de Covid-19, car leurs terres sont censées être protégées contre toute entrée non autorisée.

Mais, au lieu de cela, le nouveau coronavirus se répand de manière dangereuse sur leurs territoires : selon le Secrétariat de la santé indigène, plus de 8 000 indigènes vivant dans des villages ont développé le Covid-19 et 184 en sont morts.

Les populations indigènes et les militants des droits de l’Homme accusent le gouvernement brésilien de faire preuve d’incompétence, et les autorités locales de ne pas vouloir protéger cette population contre le coronavirus. Les mineurs ou orpailleurs illégaux qui envahissent régulièrement les territoires protégés et les soignants envoyés par le gouvernement sont accusés d’être les principaux vecteurs de contamination.

Rodrigo Abd/AP PhotoIAu printemps, les tribus ont tenté, durant des semaines, de mettre leurs territoires à l’abri du virus, en demandant des dons et en attendant que le gouvernement leur apporte une aide alimentaire pour qu’elles puissent rester à l’écart de l’épidémie. Selon les défenseurs des indigènes, peu de tribus ont pu profiter de cette aide.

Une aide d’urgence refusée par Bolsonaro

Depuis, les dirigeants indigènes ont demandé à l’État d’adopter des mesures urgentes pour protéger sa population contre les conséquences dévastatrices de cette crise, dont l’ampleur est difficile à prévoir.

Néanmoins, mercredi 8 juillet, le président Jair Bolsonaro a opposé son veto à des lois qui auraient obligé le gouvernement à fournir aux indigènes un accès à l’eau potable, à des lits de soins intensifs spécialement réservés dans le cadre de la pandémie, et à la distribution gratuite de produits de première nécessité. Cette initiative entraînerait des dépenses supplémentaires qui sont « contraires à l’intérêt public« , a estimé le président.

L’Institut socio-environnemental, une organisation non gouvernementale spécialisée dans les questions environnementales et sociales, a qualifié cette décision du chef de l’État de « criminelle« .

Felipe Dana/AP Photo
Les tombes des personnes récemment décédées remplissent une nouvelle section du cimetière de Nossa Senhora Aparecida, en pleine pandémie de coronavirus, à Manaus.Felipe Dana/AP Photo

Début juillet, le bureau du procureur brésilien a ouvert une enquête sur la possible mise en danger des populations Yanomami et Yekwana dans l’État de Roraima, dans le nord du pays, lors d’une mission de travailleurs sanitaires militaires les 30 juin et 1er juillet.

En présence d’une vingtaine de journalistes, dont l’AFP, les militaires ont effectué des tests et distribué des masques, qui auraient été réalisés sans autorisation préalable des indigènes et en violation des règles de distanciation physique. L’AFP assure de son côté que ses journalistes ont été testés peu avant la mission et qu’ils ont pris toutes les précautions nécessaires.

Nelson Almeida/AFP
Des membres du peuple Yanomami sont photographiés avec des masques à une section spéciale de la frontière, dans le pays indigène de Surucucu dans l’État de Roraima.Nelson Almeida/AFP

Junio Yanomami, le président du Conseil indigène de santé des Yanomami, qui a déposé la plainte, a déclaré que la tribu aurait pu être exposée au Covid-19 pendant cette mission. Comme il l’a expliqué au procureur, les indigènes isolés sont extrêmement vulnérables aux agents pathogènes extérieurs. C’est pourquoi les contacts imposés par la mission pourrait être considérés comme un crime en violation de règles de santé publique.

Il a également exprimé son inquiétude quant à la distribution de comprimés d’hydrochloroquine pendant la mission, car, explique-t-il, leur efficacité contre le coronavirus n’a pas été prouvée. L’hydrochloroquine, constamment préconisée par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui a également attrapé le Covid-19, est cependant recommandée par le ministère brésilien de la Santé.

Le ministre brésilien de la Défense Fernando Azevedo, qui observait la mission des médecins militaires dans les territoires protégés, a déclaré que la propagation de la pandémie parmi les communautés indigènes était sous contrôle.

NELSON ALMEIDA/AFP or licensors
Des membres du peuple Yanomami près d’un hélicoptère militaire à une section spéciale de frontière, où des tests Covid-19 sont effectués, dans l’État de Roraima.NELSON ALMEIDA/AFP or licensors

Le Brésil, avec sa population de 212 millions d’habitants, est le deuxième pays le plus touché au monde par la pandémie. Près de 1,7 million de personnes ont été infectées par le coronavirus qui a tué plus de 68 000 personnes.

Edmar Barros/The Associated Press
Des proches pleurent lors des funérailles du chef kokama Messias Martins Moreira, décédé du Covid-19, lors de son enterrement à Manaus, au Brésil, le 14 mai 2020.Edmar Barros/The Associated Press
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