Publicités

Biélorussie : l’ultimatum à Loukachenko

Paralyser le pays. C’est désormais le mot d’ordre de Svetlana Tikhanovskaïa, 38 ans, la figure de proue de l’opposition biélorusse. L’ex-candidate à l’élection présidentielle, contrainte de s’exiler en Lituanie, pose un ultimatum à Alexandre Loukachenko. Celui-ci a désormais jusqu’au 25 octobre pour libérer les prisonniers politiques et quitter son poste. Faute de quoi, elle appellera l’ensemble de la population à manifester pacifiquement et à entamer une grève nationale. « Toutes les routes seront bloquées et les ventes dans les magasins d’État s’effondreront », prévient-elle.

Plus de deux mois après le scrutin présidentiel frauduleux destiné à aménager un sixième mandat au dictateur biélorusse, l’épreuve de force s’accentue entre la rue et le pouvoir. Les manifestations ne faiblissent pas et la répression s’intensifie. Un rassemblement de retraités a même été dispersé à coups de matraque et de gaz lacrymogène. Quant au ministre de l’Intérieur, il promet désormais de recourir aux tirs à balles réelles « si nécessaire ».

Symbole de l’impasse dans laquelle se trouve l’ex-république soviétique de 9,5 millions d’habitants : la tenue d’une réunion surréaliste au sein de la prison du KGB entre Loukachenko et une dizaine d’opposants, assis autour d’une table. Parmi eux, l’ex-banquier Viktor Babariko, le plus sérieux rival, arrêté dès le mois de juillet en pleine campagne électorale. Une rencontre à sens unique au cours de laquelle le dirigeant biélorusse a épilogué pendant 4 h 30 sur une hypothétique réforme de la Constitution. « Comment ose-t-on appeler un dialogue cette convocation de prisonniers qui ont été torturés sous ses ordres ? » s’insurge Pavel Latouchko, ex-ministre de la Culture de Loukachenko et ex-ambassadeur en France, aujourd’hui membre du conseil de coordination de l’opposition. Babariko, lui-même, via son avocat, a réfuté toute idée de négociation.

« Les banques sont au bord de la faillite »

L’initiative illustre en tout cas la fébrilité du régime. La raison ? La situation inquiétante de l’économie. « Les banques sont au bord de la faillite et les entreprises d’État n’ont plus les moyens de continuer à produire », poursuit Pavel Latouchko. Certes, Vladimir Poutine est venu à la rescousse du petit voisin. Mi-septembre, il lui a attribué un prêt de 1,5 milliard de dollars. Une enveloppe a priori généreuse. Sauf qu’une part importante du montant sert à refinancer les prêts antérieurs de Moscou et à payer les dettes du géant russe Gazprom. Il ne resterait donc que 500 millions à distribuer. Résultat, le 12 octobre, une réunion d’urgence a eu lieu au palais présidentiel afin de décider de l’affectation du solde. « Le dilemme était de renflouer les banques ou de payer les employés des usines, explique Pavel Latouchko, il semblerait que la seconde soit retenue. » Plutôt logique. Loukachenko craint, plus que tout, la mise à l’arrêt définitif des quelques fleurons du pays spécialisés dans la fabrication de tracteurs et autres engins de chantier. Avec, en prime, l’arrivée dans les cortèges de milliers d’ouvriers.

Pas sûr néanmoins qu’une telle perfusion suffise. « C’est un expédient pour quelques semaines, pas pour plusieurs mois », ajoute l’ancien ministre de Loukachenko. Car d’autres problèmes subsistent. Exemple : les hautes technologies, un secteur au service de marques mondiales dans lequel la Biélorussie se distingue en Europe. Au point d’en tirer 6 % de son PIB. Et de viser 10 % à 15 % à l’horizon 2025, selon les prévisions nationales. Jusqu’ici, 50 000 personnes travaillent au sein d’un immense vivier de start-up, rare îlot privé de prospérité au sein du modèle soviétique biélorusse.

La fuite des cerveaux

Depuis le déclenchement de la répression, la donne a changé. D’abord les coupures d’Internet orchestrées par le pouvoir ont compliqué l’activité des entreprises. Ensuite, certaines d’entre elles ont été soupçonnées d’apporter un appui logistique aux manifestants. Parfois de proposer des plateformes destinées à traquer les policiers accusés de tabassages. Face aux pressions, 300 patrons ont signé une déclaration commune dans laquelle ils menacent de quitter le pays. D’ores et déjà, l’Ukraine voisine s’organise pour les accueillir en simplifiant les procédures administratives. Deux mille spécialistes des hautes technologies auraient ainsi franchi la frontière. Une première vague avant les suivantes…

Publicités

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Related Post

%d blogueurs aiment cette page :