Actus : L’un des plus grands cimetières pour animaux du monde

A l’occasion de la sortie du film « Simetierre », adapté du livre de Stephen King, nous nous sommes baladés dans les allées du cimetière des animaux d’Asnières-sur-Seine, le plus vieux et sans doute l’un des plus grands au monde.

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Chien errant ou héros de guerre

C’est Barry qui monte la garde. Une fois les grilles de l’imposante entrée franchies, ce saint-bernard trône sur un piédestal avec un enfant sur le dos. L’histoire dit qu’il « sauva la vie à 40 personnes et mourut pour la 41e »« Une légende », tempère Didier Chatin, guide touristique devenu spécialiste des allées de cette nécropole datant de 1899. « A cette époque, les animaux morts étaient le plus souvent jetés aux ordures, dans la Seine ou dans les fossés des fortifications », explique-t-il en farfouillant dans ses fiches. Un couple, Georges Harmois et la journaliste féministe Marguerite Durand, rachète une partie de ce qui est alors l’île des Ravageurs pour y fonder le cimetière des chiens, désormais propriété de la ville d’Asnières-sur-Seine. A côté de Barry, Didier Chatin s’arrête devant une simple stèle posée sur le sol. C’est là que repose un chien errant anonyme, venu mourir en mai 1958 aux portes du cimetière. Coup de chance dans son malheur, il est alors le 40 000e animal à faire ce voyage sans retour sur les lieux et y gagne ainsi sa dernière demeure.Il suffit de passer la main sur la mousse qui recouvre certaines inscriptions pour plonger dans les coulisses de l’histoire. Exemple juste à côté de Barry. Une pierre usée par les intempéries présente Drac, « fidèle compagnon des heures tragiques et ami précieux dans l’exil ». Mort en 1953, ce chien eut comme généreuse maîtresse la princesse de Roumanie et reine des Hellènes, Elisabeth de Roumanie. Surnommée « la tante rouge » pour ses liens étroits avec le Parti communiste roumain, elle fut pourtant chassée de son pays avec son compagnon d’infortune à quatre pattes au moment de la proclamation de la République populaire, le 30 décembre 1947.

Ces deux hectares parsemés de tombes, de mots doux, de photos et même de vieux jouets forment ce que le philosophe Michel Foucault a baptisé un « contre-espace », dans sa définition du concept d’hétérotopie. Une localisation physique de l’utopie, « un lieu qu’on peut situer sur une carte, un de ces lieux réels hors de tous les lieux ». Ici, on parle, avec des mots gravés dans le marbre ou prononcés en nettoyant une tombe, à des animaux morts, portés au rang d’êtres humains.

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Lors de ses visites, Didier Chatin reconnaît que tout le monde n’est pas sensible à cette affection, à ces hymnes à l’amour immortalisés dans la pierre, à ces mausolées disproportionnés. « Certains comprennent, d’autres trouvent ça complètement exagéré. » Un lieu à part donc.« Les gens ne comprennent pas cet attachement que j’ai avec mon chien, alors qu’ici, entre maîtres, on se comprend », souffle Maurillia avant de reprendre son nettoyage. Et pourquoi ne pas reprendre un chien ? Pas question. « Ce sont des bêtes à chagrin vous savez. »

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